>ASPHYXIA<

pièce chorégraphique pour une pièce sonore à 2

L'image, le son et la danse que l’on développe dans Asphyxia dessine un corps transfiguré en mutation (« dans « sa propre musique intérieur, son propre jus, sa propre détérioration du mouvement ») à travers une respiration entravée qui se reconstruit ailleurs, dans, par et à travers le surgissement, par exemple, d’un masque à gaz... Le masque à gaz étant la métaphore de ce qui nous permet tout de même de respirer dans un environnement étouffant. Encombrement, transformation, engagement, ventilation, mise en branle d’une respiration salvatrice, décomposition et composition d’un corps en ombres projettées , et de sonorités improbables, là où tout peut s’entendre, se confondre, se chercher, déraper, suffoquer, haleter, cracher, résister, s'éteindre, mourir, renaître, vivre, s'extirper, respirer, se mettre en mouvement, en vie, rester en vie : danser.

Accueil en résidence à LA FABRIQUE Dervallières-Zola de NANTES

2 imprévus…

…avec le fils d'Alexandre Fernandez, Lou, Alec, 8 ans

Lors de la résidence de création d'Asphyxia à la Fabrique de Nantes, Lou Alec s'est lancé dans deux improvisations spontanées, l'une en solo, l'autre en duo avec son père. Notre dispositif vidéo et sonore venait d'être installé… Une caméra était branchée, nous avons filmé son interprétation. Le lendemain, Alexandre Fernandez s'en est inspirée pour Asphyxia tellement elles lui paraissaient justes. Nous tenions à vous faire partager ces moments touchants que nous a offert Lou, Alec.

ASPHYXIA EST UN AGENT DE DECONTAMINATION

  L'ÉTAT DE L'HOMME EST ÉTROITEMENT LIÉ À L'ÉTAT DU MONDE
L’homme chassé, je le chasse dans une chasse à l’homme ouverte sur les deux interrogations suivantes :

Le monde où en est-il ?

L’homme qu’en est-il dans ce monde ?

L’homme devenu le propre produit de ce qu’il consomme du monde. Et pour ceux qui ont la particularité et la ponctualité de consommer, ce monde les consume. Alors l’homme, étouffe, il manque d'air, il suffoque, l'air lui est irrespirable. Dans ce contexte, l'air de rien, lorsqu'il danse, il ne manque jamais d'air...
 Je chasse donc l’homme dans sa danse macabre qui le consume.
Qu’en est-il de cette danse ?

J’ai longtemps pensé la chorégraphier, dans sa lente dégénérescence mais ce fût peine perdue car la danse de l’homme dans ce qu’il a de plus abject est d’une indécence déconcertante.
Alors je travaille et j’observe les déplacements du corps, ses résonances, ses sons, son image, sa musicalité, son souffle, ses agencements, ses arrangements avec la contrainte et l’entrave, les conditions de la conversation physique et intime qu’il entretient aujourd’hui avec l'actualité suffocante de l’instant immédiat partagé... C’est ainsi que l’on retrouve sa famille, ses amitiés, ses amours sur facebook, sur twitter, sur google, sur la sphère Stasi. Là, où rien ne fleurit, rien ne pousse, ne bouge, avec une fausse impression de mouvement car, dans la “sphère”, on ne remue que la puanteur de cet ensemble mortifère, c’est pourquoi Asphyxia est un agent de décontamination tout en étant un leurre.

Alexandre Fernandez

L'époque présente est en apnée, elle hésite, elle nous hérite, elle hoquette, elle nous guette, elle bégaie, elle a une mauvaise haleine, souffle un gaz mortel, impudique, indifférent, inodore, un gaz sarin à vomir, à se saigner les gencives, à se vider, à se chier dessus. Notre époque « pue de la gueule » quand elle l'ouvre et elle la ramène sûr d'elle quand on se la ferme. Et malgré, qu’il y ait quelque chose de frelaté, de faisandé, quelque chose de nauséabond, de pourrie, d'asphyxiant, l’art de l’image, la danse et la musique continuent.

Turlututu et chapeaux pointus ! Une fois n’est pas coutume…

Nous vivons sous le règne de la banalisation par l’effet de la consommation, sous le régime de l’aliénation des individus par l’effet du divertissement généralisé d’une forme d’étourdissement par lequel les individus sont siphonnés. lire la suite