>AQUI VAMOS<

SYNOPSIS  Le long d’un fleuve pollué par des pesticides, un homme se fraye un chemin. Pour survivre, il porte un masque qui lui recouvre tout le visage et a un sac en bandoulière avec un magnétophone à cassette contenant des archives audios. Des images de violences policières le hantent. Celles de la police qu’ont subies les manifestants(e)s pour le climat, les gilets jaunes, et celles, entre autres, de la charge policière lors de la fête de la musique quai Wilson à Nantes provoquant la mort de Steve. Après une nuit d'insomnie, il décide de remonter le fleuve jusqu'à la source de ses préoccupations.

"…À ma naissance, j’avais déjà acquis des forces de résistance par intuition qui me sont restées toute ma vie, mais je n’ai pu survivre qu’avec l’aide d’autrui; à ceux qui sont déjà morts, à ceux qui ne sont pas encore nés, je dédie donc ce film…" . Alexandre Fernandez

CE QUI A DÉCLENCHÉ AQUI VAMOS

Aqui vamos est né d’éléments simples mais amères. Ceux de la pollution toujours grandissante de la Sanguèze (petite rivière qui coule près de Nantes) qui chaque année charrie de plus en plus de pesticides et dont les paysages de la rive s’en trouvent modifiés; ceux d’une possible contamination « virale » de l’air qui nous contraint de nous protéger les uns des autres, mais aussi ceux des violences policières qui continuent elles à nous blesser et nous mutiler au fil des manifestations.

Ces éléments mis bout à bout, nous mène à la même conclusion : la violence de l'homme sur ce qui l'entoure et sur ses pairs.

Très vite donc, cette envie de film est née et c'est au cours de l'été dernier, après la charge policière menée le jour de la musique du 21 Juin 2019 Quai Wilson à Nantes qui jeta à l’eau 14 jeunes et tuant Steve Maia Caniço dont le corps a été retrouvé le Lundi 29 Juillet 2019 dans la Loire… que le projet d’Aqui Vamos a démarré. Le tournage du film s’est donc déroulé dans les décors naturels que nous offre les rives de la Sanguèze. Nous étions une équipe très légère ce qui m'a permis d'avoir une grande liberté lors du tournage et de pouvoir expérimenter plusieurs choses ( jeu d'acteur avec un masque à gaz et implication du corps dans la nature, travail esthétique de l'image, recherche sonore…etc.).

RÉSUMÉ Avec Aqui vamos, on suit le parcours d'un homme qui erre dans une forêt traversée par une rivière polluée par les pesticides. L’air y est contaminé. De lui on ne sait pas grand chose. Il déambule, torse nu, sac en bandoulière et porte un masque à gaz qu'il ne quitte jamais pour se protéger d’un virus ou pour tout simplement pouvoir respirer. Régulièrement, de son sac, il sort un magnétophone à cassette, qu'il se plaît à enclencher comme pour faire ressurgir des voix du passé, son seul lien apparent avec le monde humain. Cet homme est peut être le gardien de la forêt, le seul représentant de son espèce ou encore le vestige d'une civilisation perdue. Reste qu’il évolue seul dans un environnement chatoyant où le bizarre côtoie l’inexplicable par moment comme autant d’éléments surnaturels surgissant de la nature elle-même. Par exemple la découverte de deux « corps chrysalides » sous plastique flottants dans la rivière comme des larves embaumées… C'est au cours d’une de ses insomnies, où des êtres (les esprits de la forêt) lui apparaitront, que notre homme prendra la décision de remonter le fleuve jusqu’à la source de ses préoccupations…

ESTHÉTIQUE Aqui Vamos est un film en noir et blanc avec des parties colorées dont la narration est assumée sans aucun dialogue, mais, rythmée par une bande-son composée de parties musicales originales, ainsi que d’une voix off. Les premières images, à elles seules, peuvent nous laisser penser qu’elles claironnent une hymne à la vie tellement la nature y est impliquée par son étrangeté. Mais l’idée de ce film est de rompre avec un style de récit linéaire illustratif et de trouver une esthétique singulière, afin de créer des décalages temporels comme suspendus dans une temporalité inconnue.

C’est pourquoi, du fait que ces jeux de colorations et d’alternances esthétiques font partie intégrante de la narration, nous avons décidé de vous envoyer des rushes un peu travaillées pour vous donner un aperçu du projet, entre autres en retouchant la colorimétrie de certains plans ainsi qu’en y insérant quelques éléments sonores et musicales.

VOIX OFF Nous avons recours à la « narration décentrée » d'une voix off pour créer des décalages temporels, une voix off qui ne recoupe pas ce qu’on voit et se manifeste de façon impromptu en se désaxant par rapport au récit qui se déroule sous les yeux du spectateur. Ce film rompt avec le type de récit linéaire illustratif et devra trouver son propre style ample, élégiaque et cosmogonique… des images métaphysiques et épiques, des plans contemplatifs et picturaux qui évolueront comme dans une temporalité suspendue.

CAMÉRA Le point de vue de la caméra est utilisé dans ce film comme un outil d’observation et de déstabilisation. Elle est subjective par moment, voir même intrusive, discrètement et avec insistance. Jeux de regards entre la caméra et l’acteur. Qui observe qui ? De l’observé à l’observateur. Comment peut-on remonter de ce qui est observé par l‘objectif de la caméra à celui qui observe à travers elle, c’est à dire l’œil du spectateur ?

 

« La forme est observable, l’œil est ce qui observe ; celui-ci est observé, la pensée est l’observatrice. Les modifications de la pensée sont observables ; le témoin est en vérité l’observateur, mais lui n’est pas observé… »

 

Premier Shlokas du texte de 46 shlokas de l’Advaita Vedanta attribué à Śakara (VIIIe siècle)

 

POUR FINIR Si on devait classifier AQUI VAMOS, on serait tenté de le ranger dans le genre «  réalisme magique » dans « un jeu esthétique, spirituel et philosophique avec des éléments de réalité, doublé d'une interrogation métaphysique et ontologique ».

CONSTRUCTION

1 - La première partie en noir et blanc « L’ERRANCE » évoque l’observation de la présence d’un homme au visage protégé par un masque à gaz, qui erre et se fond dans la nature dans un long périple sensoriel qui prend racine sur les rives d’un fleuve. Cela pourrait s’apparenter à un voyage initiatique dans un rapport spirituel de l'individu à la nature et du lien entre grands espaces et possibilités introspectives, mais il s'agit ici d'une regard appuyé, celui de l’observateur, témoin voyeur (le spectateur), sur l’observé et l’observable (l'acteur) pour qu'au final la question de pose : qui observe qui ?

2 - La deuxième partie en couleur « L’INSOMNIE » nous plonge en pleine forêt dans le tumulte de la danse onirique de la nuit, l’éveil de l’inconscient et des corps, de l’insomnie vivante, des rêves et des cauchemars, de nos démons à nos chimères… impliquant une cascade d’images en couleur de nos peurs et nos fuites.

3 - La troisième partie en noir et blanc « LA SÉRÉNITÉ » pose la sérénité retrouvée sur le fil de l’eau des rives du fleuve et la remontée de celui-ci en barque jusqu’à sa source.

Ci-dessous :  Installation du dispositif "piste de danse" en pleine forêt et séance de maquillage pour un nuit de tournage sous la pleine Lune… Avec nos ami-e-s danseur-se-s : Clara Robert, Bambi, Elise Dalmas, Mélodie Dupart, Nadége Gerboin, Delphine Huteau, Olivia Lebon, David Levéque, Guillaume Planche, Isabel Reynoso, Lou Fernandez-Mansion, Anoushka Sansey, Marie Urban…  et Christophe Berruet pour son accueil et son aide.

« Il est à mon avis certain que tout art est investi par les puissances refoulées d'une enfance… La création artistique est l'exemple le plus accompli de ce qu'est une sublimation des désirs inconscients. C'est la raison pour laquelle le grand art peut être à la fois provoquant, transgressif, et universel. La subjectivité humaine reconnait en lui la force irrésistible des traces cachées des désirs… Il éprouve dans cette reconnaissance un trouble suspect en même temps qu'une admiration rationnelle. C'est ce mélange que nous appelons le sentiment du Beau. » Alain Badiou, Éloge du théâtre, 2013.

"Le divertissement généralisé"

Nous vivons sous le règne de la banalisation par l’effet de la consommation, sous le régime de l’aliénation des individus par l’effet du divertissement généralisé d’une forme d’étourdissement par lequel les individus sont siphonnés. lire la suite