SOUS LE COEUR SUSPENDU

d'Alexandre Fernandez

chorégraphie et mise en scène Alexandre Fernandez

porte folio

Présentation

QUELQUES NOTES SUR LA MISE EN SCENE
"L'homme descend dans l'obscurité, y trouve la lumière et Dieu l'attend; il veut qu'on s'engueule avec lui."

 

pièce pour trois interprétes
Aucune psychologie du personnage, aucune identification possible, trois figures sur scène. La Parole Travestie, la Fille, le Garçon.

 

L'ÉCRITURE DE LA PIECE
Quelque fois, des débris d'histoire me reviennent en mémoire sans que j'eus décroché ne serait-ce qu'un seul mot. Et j'ouvre la bouche... et je suis bien seul... tellement seul... D'autres fois, j'aimerais ouvrir la bouche juste pour dire un mot sur ce moment de l'histoire qui m'obsède depuis toujours... mais j'ai peur... peur d'être nommé dans ce mot s'il existait... peur d'être vu dans ce mot... peur de me découvrir dans ce mot plus monstrueux encore...
J'ai donc écrit cette pièce dans le doute. J'y ai mis le cœur en suspend d'une fille et d'un garçon, je les ai plongés au cœur d'une histoire qui leur échappe... Une histoire à raconter, mais aussi une histoire à construire avec l'être aimé, avec une incapacité d'aimer l'être aimé, de le dire, l'histoire de cette incapacité à s'enrôler dans une histoire à deux sans qu'elle aie à subir les assauts de l'histoire commune à tous, celle de l'humanité toute entière, celle qui nous rattrape à chaque instant, qui nous traverse et qui nous blesse, nous dévore... objet du non-dit, objet de l'horreur raturée, objet du mot manquant... L'histoire perdue, désemparée, celle qui nous ébranle un soir d'hiver durant un dîner aux chandelles... Une histoire pleine de silences, de creux, de blancs, une histoire aux perforations désastreuses, une histoire pleine de honte et de haine, une histoire faite d'épurations, de massacres, d'humiliations, de destructions massives... Tout les crimes du XXe siècle sont là pour nous le rappeler. Cette histoire-là qui nous brûle à chaque instant, cette histoire qui se consume dans l'oubli douteux de chacun d'entre nous, nous nous en détournons, nous l'étouffons, et pourtant, elle perdure...
Alexandre Fernandez


 

SYNCOPES DE L'ANGE...
"Arrêt ou ralentissement marqué des battements des ailes, accompagné de la suspension du vol et de la perte de gravité..."
Le texte s'est organisé autour de plusieurs syncopes, sa structure en est ainsi rytmée. La syncope donne la mesure dramaturgique du texte. À chaque syncope correspond une chute du corps, de la parole, du mouvement.

 

PANDORE OUVRIT LA BOITE...
Tous les maux, crimes et chagrins qui depuis affligent l'humanité s'en échappèrent. Terrorisée, Pandore rabattit le couvercle. Hélas, tous les maux s'étaient envolés. Seule restait - unique don heureux parmi tant d'autres néfastes - l'espérance, qui demeure jusqu'à ce jour le seul réconfort de l'humanité en détresse...

 

L'homme amorce une histoire
Parole du chant inconnu
La chose qui pue
Parfum commun
L'odeur de soi-même
Une mémoire de l'oubli détestable
L'irréprochable rumeur nauséabonde du chien
L'ÉMERGENCE DU CHANT PERSIFLEUR
L'état de grâce de l'aboyeur
La dérive des papillons épinglés
LES AVEUX D'UNE LANGUE DÉSESPÉRÉE
L'indulgence préalable à toute réhabilitation
par la vilaine chose dépourvue de bile
IMMANQUABLEMENT FINIR

 

PLUSIEURS HYPOTHÈSES
pour raconter l'histoire qui ne se raconte pas dans cette pièce


Première hypothèse
On pourrait dire que cette pièce raconte une descente dans la mémoire obscure de notre histoire pour que la lumière d'une histoire se révèle être notre propre histoire intime.

Mais comment est-ce possible ?...

 

Deuxième hypothèse
On pourrait ne pas parler d'une histoire. Plutôt, s'engager sur une autre voie, la tentative de raconter une histoire avec toutes celles qui nous traversent inopinément et l'achever par notre propre sacrifice dans cette même histoire que nous tentons de raconter...

 

Sommes-nous si dépourvus d'histoire à vivre que nous sommes dans l'incapacité de construire une histoire sans que l'histoire de l'humanité s'en mêle ?

 

Troisième hypothèse
Et si c'était sous l'emprise d'un homme venu d'on ne sait trop où et portant en lui "la parole travestie", que deux figures, celles de la fille et du garçon, tentent de vivre et de raconter une histoire impossible à vivre et à raconter ?...

 

Elle s'échappe dans leurs corps et dans leurs paroles. Une histoire émiettée en indices qui les troublent... C'est ainsi que la figure de "la parole travestie" les utilise et les manipule pour nous donner à voir leur visage sans nom et sans lueur. Aucune crise, seuls leurs troubles partagés d'un "fine amour" passé à la Moulinette et jeté dans l'immense cratère de l'humanité.
Cendres de leur mémoire enfouie dans leur coeur.

 

Comment se sortir de cette histoire impossible à raconter ?

 

DE LA FILLE AU GARÇON, LA PAROLE TRAVESTIE MANIPULE
Instruments d'un monde manipulateur, accessoires de la parole mutante sans cesse renouvelée où la peur est travestie, le courage est travesti, le désir est travesti, l'amour est travesti, la compassion est travestie, la sincérité est travestie, la mort est travestie, l'horreur est travestie, le mensonge est travesti, la vérité est travestie... De la parole, au silence des morts, le pouvoir se travestie...

 

ANCRAGE POUR UNE SCÉNOGRAPHIE
DANS UN RAPPORT FRONTAL : la scène, la fosse (rampe scènique), le public.
LE TEMPS semble suspendu dans l'obscurité de toujours.
Rien ne paraît bouger sur scène.
IL Y A LÀ, en fond de scène, d'un seul bloc*, une succession de trois pans de murs noirs immobiles.
Long moment encore puis, quelque chose bouge...
Les deux premiers pans du mur se décollent légèrement du sol et s'ouvrent sur le dernier pan de mur noir.
C'est une vague présence qui surgit du lointain noir profond, comme des profondeurs d'un autre monde, notre mémoire en déperdition, d'une démarche lente, haute et appuyée, se rapproche, s'arrête près de la fosse, face à nous.
Les deux pans du mur ont suivi dans un même alignement sa progression, puis, se sont immobilisés à mi-parcours. Le premier côté jardin, le second côté cour.
On découvre alors un corps tendu, un visage tuméfié... Il s'agit d'un homme fortement marqué, un homme venant d'on ne sait trop où, l'homme d'un autre monde, qui revient de loin et qui fait une halte à deux pas de nous, la tête enfoncée dans une épaisse veste cintrée, des gants blancs en latex, une petite valise en carton à la main droite - cet homme-là, vient à notre rencontre...

 

*Un premier (1m x 2 m), un second (1,50 m x 2,20 m), puis le troisième pan (3 m x 3 m).

Turlututu et chapeaux pointus ! Une fois n’est pas coutume…

Nous vivons sous le règne de la banalisation par l’effet de la consommation, sous le régime de l’aliénation des individus par l’effet du divertissement généralisé d’une forme d’étourdissement par lequel les individus sont siphonnés. lire la suite