Solosoliloque

Récit de l’exil d’une famille espagnole (suite)

par Manuel Fernandez

 

Bon... Il y a eu un moment à la maison où je me suis dit : « Écoute, je crois que l'on va retourner au Maroc... On retourne, on s'en va, on retourne au Maroc ! ». On ne pouvait pas rester ici, moi, j'étais un peu découragé et Mama : « Qu'est-ce qu'on va faire ? On a tout vendu, on a rien là-bas !... » Bon... Je me suis dit : « Aller, on va tenir, on va tenir... ». Le lendemain je me suis mis des affaires plus vieilles. J'avais compris là, je m y suis fait hein, je m y suis fait. Après qu'est-ce que tu veux, le salaire était petit, on avait pas de maison, il fallait tenir, il fallait tenir... On a commencé à chercher, parce que je pouvais pas, des fois, je faisais deux journées complètes, c'est à dire, deux fois huit heures. Seize ou dix-sept heures de travail avec des pauses. Donc, ça veut dire, que je faisais deux postes, si je rentrais à 14 h, je retournais à 6 h le matin, je me couchais deux ou trois heures par terre... - parce qu'il fallait se lever, parce que toute la famille, tu sais comment elle est Tita, il faut qu'elle range tout et dans la cuisine il fallait préparer le petit déjeuner - ...bon, enfin, on a commencé à chercher une maison. Les gens, ils se méfiaient de tout ce qui arrivait. C'est quand il y avait les problèmes avec l'Algérie, il fallait presque pleurer pour avoir quelque chose, enfin, à force, à force, on a trouvé une chambre où il y avait tout, le poêle, on faisait à manger, on couchait, un sceau pour faire les besoins qu'après il fallait aller vider à côté et tout ça parce qu'à cette époque, Mama était enceinte, enceinte du deuxième enfant, tu sais qui c'est... Le plus marrant, il faut que je te raconte ça, c'était le déménagement, comment on l'avait fait. Tito Feliz à l'époque il avait une Vespa et on l'a fait avec la Vespa. Tito allait devant, on avait coucher la malle à l'arrière et d'un côté il y avait Tito Antonio et de l'autre moi et on courrait en même temps que la Vespa. Il y avait une descente je te dis pas... enfin c'était rigolo... il y a de quoi rire et de quoi pleurer aussi... Donc je te dis à force d'avoir visité beaucoup on a trouvé cette chambre où il fallait aller chercher l'eau, faire des efforts et Mama était déjà bien enceinte, bien grosse et moi je pouvais pas l'aider beaucoup parce que je te dis je passais ma vie à l'usine pour gagner un peu plus.

 

Ensuite tu es arrivé au monde avant terme, comme tu le sais bien, j'étais à l'usine quand on m a appris la nouvelle. C'était un bon moment aussi. Grâce à toi on peut dire presque, pour l'assistante sociale, avant que tu sortes de couveuse, il fallait qu'on ait une maison dans de meilleures conditions. Et l'usine comme elle avait des maisons à elle, ils nous ont donné une petite maison, c'était bien, c'était bien. Un petit appartement avec une grande chambre et tout ça, on était content comme tout, il y avait même une salle d bain parce qu'avant il fallait se laver dans un grande bassine tu sais, comme les anciens : un sceau et tu te le mets sur la tête ! Bon on était content de ce côté là, petit à petit ça s'arrangeait un peu notre vie.

 

Quelque temps après on était surpris, une chose qu'on ne connaissait pas nous : ça commençait le gel. Un dimanche on regardait par la fenêtre on voyait les gens qui glissaient, qui tombaient et pourtant on ne voyait pas la neige. Ça brillait par terre on ne savait pas que c'était le verglas,. On a voulu sortir mais c'était pas possible. Les gens se mettaient des sacs dans les pieds pour ne pas tomber. C'est de choses pour nous qu'on ne savait pas , la neige on ne connaissait pas. Tout ça petit à petit on s'y est fait.

 

Bon le temps passe, passe et il a fallu que je dise : il faut faire quelque chose je ne peux pas rester ma vie dans l'usine. A cette époque j'avais aussi fais venir mon frère, mais mon frère lui il savait déjà en arrivant. On avait cherché une petite chambre aussi mais c'était différent pour Tito Juan. Alors je me suis dit : mon pauvre ici il va falloir se mettre à travailler un peu plus parce que je te dis , je faisais deux postes par jour des fois et après pendant les vacances je restais à nettoyer les fours parce que les fours s'arrêtaient et qu'il fallait les nettoyer, alors là je te dis il faisait chaud, il faisait chaud. Voilà, à force à force j'ai compris qu'il fallait travailler. Lui il avait commencé à travailler dans le bâtiment , la construction. Je me suis décidé moi aussi je m'en vais au bâtiment, travailler la féraille je connaissais un peu. En hiver ha la la mon pauvre, ces barres de fer que je pouvais même pas soulever. Il a fallu se faire les tripes, s'accrocher à tout ça... en déplacement tout le temps, mama toute seule, les enfants qui arrivaient, après toi c'est Isabelle, Jean-Paul, ça fait déjà quatre... Bon petit à petit je commençais à comprendre bien le métier un peu... Bon qu'est-ce qu'il y a d'autre... grâce à notre volonté, aux sacrifices qu'on a fait de notre côté, aujourd'hui on est là et c'est très bien. On a des enfants qui sont bien, on a pu donner des études plus ou moins à tous, du travail, vous vous en sortez et on est heureux, on est content . Aujourd'hui je crois que c'est la récompense à tous ces sacrifices. Quarante ans après on se retrouve à Toulouse et on est content. J'espère que tout ça va te servir à quelque chose, tu nous tiens au courant. Bisous.

 

… Petit détail qui peut te servir aussi c'est le moyen de locomotion qu'à l'époque j'avais : j'avais récupéré un vélo avec toutes les couleurs : le cadre d'une couleur, la fourche d'une autre, le guidon de l'autre, c'était marrant à voir. Je me souviens bien qu'un jour, en descendant une côte pour aller au travail j'ai pris une plaque d glace en même temps qu'il y avait un chat qui traversait et je suis tombé, j'ai fait au moins 25 mètres en frottant le nez par terre... je te dis pas... après il a fallu que j'y aille à pied. Aller ciao.


Il y a des choses qui me reviennent parce que le bâtiment aussi ça été très dur. Je me souviens quand on faisait le train à Orléans, les heures de travail c'était interminable. On faisait 13 ou 14 h le samedi, le dimanche je travaillais jusqu'à 12h après on montait à Haumont et le lendemain à 7h du matin il fallait être de retour, il fallait se lever tôt, on passait quoi quelques heures avec vous, toute la semaine maman elle restait avec vous. Après c'était marrant quand on déménageait les huit familles, en même temps on s'est mis à chercher des maisons et justement il venait de finir de construire une résidence où on a loué les huit maisons pour les huit familles. En plus de faire venir Tito Alberto de Suisse, on faisait le déménagement. On quittait le travail à midi, comme je te dis, après on montait dans le Nord charger les fourgons, on revenait sur Orléans toutes les huit familles. C'était quelque chose aussi, des souvenirs durs.


Tu remettras dans l'ordre parce que ce sont des choses qui me viennent comme ça…

 

Bon le temps passe, passe et il a fallu que je dise : il faut faire quelque chose je ne peux pas rester ma vie dans l'usine. A cette époque j'avais aussi fais venir mon frère, mais mon frère lui il savait déjà en arrivant. On avait cherché une petite chambre aussi mais c'était différent pour Tito Juan. Alors je me suis dit : mon pauvre ici il va falloir se mettre à travailler un peu plus parce que je te dis , je faisais deux postes par jour des fois et après pendant les vacances je restais à nettoyer les fours parce que les fours s'arrêtaient et qu'il fallait les nettoyer, alors là je te dis il faisait chaud, il faisait chaud. Voilà, à force à force j'ai compris qu'il fallait travailler. Lui il avait commencé à travailler dans le bâtiment , la construction. Je me suis décidé moi aussi je m'en vais au bâtiment, travailler la féraille je connaissais un peu. En hiver ha la la mon pauvre, ces barres de fer que je pouvais même pas soulever. Il a fallu se faire les tripes, s'accrocher à tout ça... en déplacement tout le temps, mama toute seule, les enfants qui arrivaient, après toi c'est Isabelle, Jean-Paul, ça fait déjà quatre... Bon petit à petit je commençais à comprendre bien le métier un peu... Bon qu'est-ce qu'il y a d'autre... grâce à notre volonté, aux sacrifices qu'on a fait de notre côté, aujourd'hui on est là et c'est très bien. On a des enfants qui sont bien, on a pu donner des études plus ou moins à tous, du travail, vous vous en sortez et on est heureux, on est content . Aujourd'hui je crois que c'est la récompense à tous ces sacrifices. Quarante ans après on se retrouve à Toulouse et on est content. J'espère que tout ça va te servir à quelque chose, tu nous tiens au courant. Bisous.

...Petit détail qui peut te servir aussi c'est le moyen de locomotion qu'à l'époque j'avais : j'avais récupéré un vélo avec toutes les couleurs : le cadre d'une couleur, la fourche d'une autre, le guidon de l'autre, c'était marrant à voir. Je me souviens bien qu'un jour, en descendant une côte pour aller au travail j'ai pris une plaque d glace en même temps qu'il y avait un chat qui traversait et je suis tombé, j'ai fait au moins 25 mètres en frottant le nez par terre... je te dis pas... après il a fallu que j'y aille à pied. Aller ciao.

Il y a des choses qui me reviennent parce que le bâtiment aussi ça été très dur. Je me souviens quand on faisait le train à Orléans, les heures de travail c'était interminable. On faisait 13 ou 14 h le samedi, le dimanche je travaillais jusqu'à 12h après on montait à Haumont et le lendemain à 7h du matin il fallait être de retour, il fallait se lever tôt, on passait quoi quelques heures avec vous, toute la semaine maman elle restait avec vous. Après c'était marrant quand on déménageait les huit familles, en même temps on s'est mis à chercher des maisons et justement il venait de finir de construire une résidence où on a loué les huit maisons pour les huit familles. En plus de faire venir Tito Alberto de Suisse, on faisait le déménagement. On quittait le travail à midi, comme je te dis, après on montait dans le Nord charger les fourgons, on revenait sur Orléans toutes les huit familles. C'était quelque chose aussi, des souvenirs durs.

Tu remettras dans l'ordre parce que ce sont des choses qui me viennent comme ça...

Turlututu et chapeaux pointus ! Une fois n’est pas coutume…

Nous vivons sous le règne de la banalisation par l’effet de la consommation, sous le régime de l’aliénation des individus par l’effet du divertissement généralisé d’une forme d’étourdissement par lequel les individus sont siphonnés. lire la suite