Notes de retours

El duende : états de présence sur le plateau

Anne, peau âme et corps

Pour y voir clair en eau trouble, il aura fallu toucher l’étrangeté de ce qui nous échappe dans ce qui bouge profondément en nous et qui mène sa danse, le corps de notre âme à fleur de peau. Anne a su toucher ce qui nous effleure la peau de l'intérieur, ce point de l'âme qui vibre en nous dès qu'il est soumis au meilleur du corps. Sans lui donner plus d’importance que ça, sans lui donner une forme et une direction définitive, elle est entrée dans l'arène, il est vrai, au début, avec quelques nécessaires hésitations et crispations à fleur de peau (dues certainement à sa blessure), mais sans résistance, et s'est mise au service de cette chose du duende. Elle ne s'est pas laissée enfermer en fixant les propositions de travail, ne s'est pas laissée prendre à chosifier l’acte dansé à entreprendre, ne s'est pas esquinté à vociférer dans un geste habile son langage, elle s'est mise simplement à l'écoute d'elle même, en résonance dans une présence qu'elle convoqua subtilement au centre duquel elle fit surgir "su jaelo"*.

Qu'elle soit troublée ou joyeuse, l'engagement d'Anne sur la plateau signale la présence d'une frontière interne qu'elle a su franchir durant notre travail et qui ouvre et réveille ses sens les plus archaïques dans un entre deux du possible. Possible d'accéder à l'inaccessible corps qui danse pour elle et en elle comme une brûlure posé sur la peau. Anne a su aussi composer avec une fragile mémoire physique du travail engagé dans la perte du savoir faire et a su troubler durant nos deux semaines le fastidieux ronronnement de l'image qui s'impose d'elle même en la renforçant par le négatif bruyant jamais uniforme de sa sensibilité qui convoque plutôt que d'imposer et, qui lui imprime la marque singulière d'une danse qu'elle porte vers, et, en nous.

*"Jaelo" : chahut, moment d'encouragement dans le flamenco

Angèle, angélisme trompeur

Être dépourvu de tabous, point de départ de la présence d'Angèle.

Certes, sa singularité saisit, non pas au premier coup d'œil, mais par sa façon secrète de bouger et de s'arrimer au travail proposé autour du duende. Elle lâche là où elle s'offre. Angèle a joué le jeu du duende. Angélisme trompeur, sensible, que l'on remarque au delà de la danse : dans son œil, sa peau, sa gestuelle, ses déplacements et son écoute de l'autre qui la distinguent et rappellent qu'il y a là l'inexistence de la banalité. Ce saisissement captive dès qu'il se libère et se manifeste rageusement sans rompre le lien secret au corps qu'elle détient. Manifestation sacrément manifeste dès lors que le rite du plateau dans sa dimension sacrée lui est offert, et, qui mieux est, autour du duende, ce rite païen que nous avons caressé sans complexe. À travers lui, Angèle a abordé la chorégraphie de la distance, la chorégraphie de la respiration, qui laisse du champs au public, et qui, respecte infiniment le public, et qui, s'entend avec lui, à travers cette frontière de respect, où le sacré peut prendre feu, même de dos, dans la communion. Dès lors, Angèle m'est apparue présente, d'une touchante présence enveloppant le plateau. Angèle mélange de mystiques et de forces telluriques qui ne demande qu'à monter en puissance.

Olivia, olive taurine

Olivia… olive au noyau solide et à l'enveloppe tendre, taurine au poil rêche et à l'habit de lumière, a su mener "su faena"* en esquissant des passes inachevées, en amorçant des mouvements de leurres furtifs devant nos yeux étourdis, en nous invitant ensuite à les enrouler autour de ses hanches. "…sans que je le sache cette cordelette s'enroule à mon corps sans que je le sache cette cordelette s'enroule à mon corps… et ainsi de suite…" Olivia a su prendre corps dans l'arène qui lui a été proposée. Elle s'est, tout d'abord, concentrée dans l'observation comme un taureau qui observe avant de se lancer puis elle a démarré "su faena"*, en s'échappant d'elle; lignes courbes qui s'enroulent de liberté. De cette liberté, elle a puisé sa matière qu'elle a ensuite mis en commun. Volontaire dans ses interrogations, riche en intentions, Olivia a fourni. Elle a déployé son corps jusqu'à toucher avec, l'autre corps, celui du groupe et son lien dansé quotidien que nous avons partagés.

*"Faena" : le travail, terme utilisé en tauromachie

 

Turlututu et chapeaux pointus ! Une fois n’est pas coutume…

Nous vivons sous le règne de la banalisation par l’effet de la consommation, sous le régime de l’aliénation des individus par l’effet du divertissement généralisé d’une forme d’étourdissement par lequel les individus sont siphonnés. lire la suite